carte blanche  
 
Certains voient la psychanalyse en danger face à l'émergence et à l'influence croissante d'associations de psychothérapeutes sur le plan international.

Certes leurs apparitions fait se poser d'innombrables questions à propos des rapports entre psychothérapie et psychanalyse. Celles-ci, d'ailleurs, ont déjà bien profité tant aux psychanalystes qu'aux psychothérapeutes.

L'émergence d'associations de psychothérapie, et plus particulièrement de psychothérapie psychanalytique comme l'EFPP, participe de l'Histoire…

Qu'on le déplore ou non, force est de constater aujourd'hui qu'une bonne part d'un travail que l'on en peut que qualifier de psychanalytique est effectué par des psychothérapeutes non-psychanalystes.

On pourrait dire que, dans leurs dimensions psychothérapiques, les entreprises psychanalytiques débordent les sociétés et les associations de psychanalyse, même si celles-ci conservent la lourde et délicate responsabilité de sa transmission et de son enseignement.

Dans le grand débat psychanalyse/psychothérapie qui, aujourd'hui, se fait rage au sein de l'API, l'on peut aussi se demander si l'opposition viscérale de certains et le soutien enthousiaste d'autres à des associations telles que l'EFPP, ne serait pas aussi le reflet de conflits entres les tenants de courants de conceptions divergentes de la psychanalyse qui co-existent en son sein.

Mais, sur le terrain de la santé publique les pressions sont aussi très pragmatiques :

- Nous vivons une évolution sociétaire avec ses nouvelles donnes et ses exigences propres ;
- Nous sommes confrontés à de nouvelles cliniques ;
- Nous sommes les héritiers de nouveaux outils conceptuels, à la fois techniques et métapsychologiques, qui ont été forgés par des psychanalystes remarquables ;
- Nous sommes face à un nombre croissant de professionnels qui, travaillant dans le domaine de la santé, ont vécu l'expérience psychanalytique, qui trouve dans son enseignement un enrichissement à leurs pratiques et pour qui, quoique ne souhaitant embrasser la carrière psychanalytique, ce serait un non-sens que de travailler en la mettant tout cela de côté ;

Ce sont toutes ces pressions, et bien d'autres, qui ont contribué à la création, depuis des décennies, d'associations nationales de psychothérapeutes en certains pays, et depuis peu d'associations internationales comme l'EFPP.

J'entends, dans le sentiment de ceux qui estiment qu'il s'agit là d'un débordement malheureux et potentiellement dommageable, qu'il s'agira de rester particulièrement vigilant quant à la formation, et à la réflexion sur celle-ci, des psychothérapeutes psychanalytiques afin qu'un lien authentique soit toujours maintenu avec l'expérience vivante de la psychanalyse. Cette réflexion a beaucoup de travail devant elle. Il s'agira, entre autres, d'approfondir les spécificités des différents cadres analytiques avec leurs dimensions opératoires et leurs limites. Il s'agira aussi de maintenir une attention soutenue aux dimensions éthiques propres à leurs diverses approches.

J'entends, dans le sentiment de ceux qui s'en réjouissent, pensant pouvoir situer la "cure type" dans un vaste continuum psychanalytique qui s'étendrait jusqu'aux psychothérapies de soutien, qu'il s'agira de rester particulièrement attentif à ce que soit reconnue et préservée la spécificité irréductible de l'acte analytique, qu'il participe d'une entreprise psychanalytique classique ou qu'il vienne s'inscrire dans l'une des multiples entreprises psychothérapiques existantes ou encore à venir.


Dr. Bruno Fraschina
Président de la Fédération Francophone Belge
de Psychothérapie Psychanalytique
Société constituante de l'EFPP

 


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last modified: 2001-09-15